Jeudi 15 mai 2008

Il y a quelques années de cela, alors que nous revenions avec mon épouse d'un séjour estival de plagistes au Cap d'Agde, nous est arrivé une anecdote qui s'est répétée dernièrement et dont le contenu va t'être narré en suivant, après cet aparté dans lequel je souhaite apporter une correction à l'idée générale que ce font du Cap d'Agde ceux qui n'y ont jamais mis les pieds ; Non, ce n'est pas une mégalopole du cul-nu. C'est fatiguant à la longue ; chaque fois que tu déclares passer tes vacances là-bas, tu as forcément un guignol en face qui sourit niaisement en t'imaginant seulement paré de tongs et d'un bob vert, avec le pubis à l'air libre et des coups de soleil sur les fesses. Fin de l'aparté.


Été 1998 : Nous faisons étape dans une gigantesque aire de repos, quelques dizaines de bornes avant Toulouse, nommée Port-Lauragais pour ceux qui connaissent le coin. Il faisait beau, il faisait chaud, nous sommes au cœur de ce que les spécialistes du tourisme appellent « la haute saison », celle où l'argent coule à flot dans leur musette d'artisans des congés.

Nous nous sommes présentés au restaurant de l'aire dont la forte capacité d'accueil détone comparativement aux autres restaurants autoroutiers du sud de la France, conscient du risque que nous prenions à pointer nos museaux en dehors des horaires « classique » d'alimentation en hexagone... et nos craintes trouvèrent un écho tristement positif ; si en France, tu vis à l'heure Espagnole, ben tu ne manges pas. Nous trouvâmes porte close car l'horaire n'était pas le bon (de mémoire, il devait être 14h30 ou 15h)

Je pestais dès lors qu'il soit impossible de se faire servir à manger dans ce pays si l'horaire n'est pas celui de tout le monde, avec file d'attente obligatoire dans les odeurs de pieds et de crèmes solaires.

Nous retournâmes en voiture et embrayâmes jusqu'à Toulouse ou, à 15h30 ou 16h, nous pûmes nous restaurer dans l'échoppe américaine d'un clown faiseur de sandwichs.


Dimanche 3 mai 2008, fin d'un pont de 5 jours, retour des congés de la zone C, quelque part entre Montceau-les-mines et Clermont-Ferrand.

Nous faisons étape pour que la marmaille puisse se dégourdir les jambes, et nourrir toute la petite famille. Forts de l'expérience citée plus haut, nous avons bien pris soin avec mon épouse de surveiller l'heure pour avoir l'assurance d'être servis.

Nous nous retrouvâmes donc sur le parking d'une station service, dont je te livre à l'avance que nous n'y mettrons plus les pieds par hasard, attenante à un snack de la même enseigne dont le menu, il ne faut pas rêver, laissait supposer avec une faible marge d'erreur la saucisse frite à Paulo, plus que la fricassée à Robuchon. N'étant ni bégueule ni suffisamment fortuné pour me restaurer chez Joël, c'est donc d'un pas leste que je sautillais vers la porte à double battants de l'échoppe avec toutes les glandes à suc en émoi à l'idée de l'orgie de gras, de sucre et de sel à laquelle j'allais me livrer.

Mon enthousiasme tomba d'un cran lorsque mon regard se porta sur la salle de restauration, situé en retrait de la caisse aux carburants divers, car si des tables il y avait bien, ainsi que des chaises, ces dernières étaient à l'envers et posées sur ces premières...


12h35...


Sentant venir à moi la déception d'un nouvel écueil dans ma restauration routière, j'hélai une jeune dame engoncée dans un uniforme aux couleurs criardes et de 2 tailles trop petit...

« Heu, les tables sur les chaises, c'est parce que vous n'avez encore personne ? »


Réponse de l'intéressée, médaille de bronze aux championnats inter-universitaires de marketing et attitudes commerciales :

« Nan, on sert pô le dimanche ».


Voilà, voilà...


Nous sommes donc un dimanche classé orange par bison machin, retour d'un WE de 5 jours pour ceux qui ont la chance de pouvoir faire le pont du 1er Mai... et dans le snack franchouillard de mes deux, on ne sert pas à manger.

On encaisse le carburant et on vend des saloperies de barres chocolatées, ou des chewing-gum sans sucre, mais le restau derrière, il fait relâche...


Alors qu'avons-nous fait ?

C'est très simple. On a pris nos jambes à nos cous avec l'estomac dans les talons (essayez, ça demande un peu de souplesse), et nous fuîmes vers le sud pour trouver, 20 bornes plus loin, un gros M jaune qui redonna le sourire aux voyageurs affamés.


Alors on peut dire ce qu'on veut à propos des enseignes fast-food made in US, que c'est pas bon, qu'on reste sur sa faim, que c'est cher, que ça rend gros, stérile et dépressif.

En attendant, quand tu décides de vivre en décalé pendant tes vacances et que tu as les crocs en milieu d'après midi, eux, ils te servent, quels que soient l'heure ou le jour de la semaine.


Folzebuth




par Folzebuth publié dans : Agacement léger
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