Dimanche 17 décembre 2006
Je me rends soudain compte d’un état de fait, faisant l’expérience de la paternité pour la 2ème fois, revêtant un caractère inouï si l’on considère la fréquence et le côté systématique avec laquelle elle survient : la question posée au parents sur le poids du nourrisson nouveau-né.
C’est vraiment fascinant en fait de constater avec quelle régularité méthodique cette question peut être posée, de qui que ce soit avisé de la naissance, à qui que ce soit supposé disposer de l’information capitale en question, juste après s’être renseigné sur le sexe, bien entendu.
« Alors… ?
- C’est un garçon !
- Formidable, et combien il pèse ?
- 3Kg380
- Oh c’est un beau bébé ! »
2 remarques à propos de ce neutre échange d’une banalité édifiante :
Notez en premier lieu que l‘exclamative « Formidable » aurait également été prononcée si le sexe eut été opposé, cette éructation d’enthousiasme neutre n’étant qu’une transition pour arriver à LA question qui fascine, titille et s’impose d’elle même : le poids (ce point sur l’égalité d’enthousiasme tout sexe confondu est somme toute rassurant dans notre hexagone à la con, ce n’est pas certains pays d’Asie qui me contrediront).
À l’instar du rôti pour un nombre déterminé de convives, le poids du nourrisson semble être déterminant dans l’appréciation devant être faite de l’objet charnel des réjouissances.
En second point (ben oui, j’avais annoncé 2 remarques, suivez un peu !), vous observerez qu’arrivé à un certain poids, le qualificatif « beau » vient généreusement précéder le nom commun de « bébé » dans l’analyse faite par notre sujet. Or une question m’étreint dès lors : à partir de quelle masse de matière rose (et bruyante) un nourrisson est-il considéré comme « beau » ? Plus effrayant encore : si notre nouveau né se situe en deçà de la limite fatidique de poids déterminé, à quel qualificatif va-t-il pouvoir prétendre ?
« Alors… ?
- C’est un garçon !
- Formidable, et combien il pèse ?
- 2Kg240
- Ah merde, c’est un moche bébé… ! »
Pourquoi attache-t-on tant d’importance à une mesure graduée, dont on sait que, le lendemain, elle n’est déjà plus d’actualité car physiologiquement, le marmouset évacue près de 10% de son poids dans sa couche 48h après son arrivée.
Nous comportons-nous de la sorte en société ?
« Salut, je te présente ma femme…
- Enchanté madame… et combien elle pèse ?
- 48Kg250, mais elle a un peu perdu ces derniers temps.
- Ah bravo, félicitations ! »
On marque notre poids sur notre CV ?
D’autant qu’on sait très aujourd’hui que le poids de naissance n’influe rien sur la plastique générale d’un individu à l’âge adulte :
Robert Wadlow – 2m72 et 199Kg à 22 ans – homme certifié le plus grand de l’histoire, pesait 3Kg85 à sa naissance…rien d’inouï.
David Douillet aurait* pesé 1Kg700 à la naissance… c’est maintenant que c’est un beau bébé l’animal.
La vérité, c’est qu’on ne sait jamais quoi dire à propos d’un mouflet à peine démoulé.
A bien y regarder de plus près, le mistouflon ne sait ni marcher, ni parler ni faire quoi que ce soit digne d’être célébré par des hourras et des bravos… c’est à peine s’il arrive à ouvrir les yeux ! Reste quoi pour s’enthousiasmer avec ou sans hypocrisie ? L’aspect physique de son minois et son poids. Ce premier point est bigrement délicat à manier, pour ne pas dire gentiment tabou… imagine un peu :
« Alors voyons voir cet héritier… …Fichtre, mais il est vilain comme un cul ! C’est bien le vôtre, il n’a pas d’erreur ? Ben merde alors… …bon il pourra toujours faire de la radio… ! »
Reste quoi ? Le poids.
Et les parents s’y conforment tous, mon épouse et moi-même ne faisant pas exception à la règle, puisque mentionnant sur le faire-part de rigueur :
a/ la date à laquelle la sortie se fit
b/ le sexe
c/ le poids
…en prenant soin d’ajouter que les parents se portent bien, surtout le père d’ailleurs, n’ayant pas eu à s’ouvrir en deux pour l’évènement.
Vise un peu le faire-part qui détonnerait :
M. et Mme PLOUCAPROUCK sont fiers de vous annoncer la naissance de leur fils Machin, né le 17 novembre dernier, qui parle couramment 2 langues étrangères, à un goût prononcé pour les arts plastiques, le petit salé aux lentilles et les filles à forte poitrine, et souhaite devenir ingénieur en aéronautique (si Airbus ne se casse pas la figure d’ici là).
Quitte d’ailleurs à questionner sur le poids, a-t-on seulement une pensée compatissante pour la mère éreintée lorsque celui-ci atteint des valeurs identifiant le bébé comme beau ? Pas si sûr…
« 4Kg280 sans péridurale… ? Ben ma chérie, tu as dû grincer des dents… »
Le poids du nouveau-né, c’est la météo dans l’ascenseur. C’est la question que tu poses à ton vis-à-vis en te foutant un peu de la réponse ; c’est juste qu’il faut dire quelque chose entre 2 étages. Ce n’est pas de la provoc que de dire qu’on s’en fout du poids du poupon (l’essentiel est qu’il soit en bonne santé, qu’il mange et dorme bien), la preuve, personne ne s’en rappelle.
Combien pesaient tes parents à la naissance ? Tu n’en sais rien et tu t’en fous. Normal.
Tes frangins et frangines ? idem
Ton conjoint ? pareil.
J’ai même des doutes sur l’exactitude de la valeur chiffrée que ma mémoire me renvoie de mon propre poids et de celui de mes gosses (la naissance du dernier ne datant que d’un mois à peine !).
Folzebuth
*information relevée sur un forum, donc absolument non officielle et donc à prendre avec des pincettes.
C’est vraiment fascinant en fait de constater avec quelle régularité méthodique cette question peut être posée, de qui que ce soit avisé de la naissance, à qui que ce soit supposé disposer de l’information capitale en question, juste après s’être renseigné sur le sexe, bien entendu.
« Alors… ?
- C’est un garçon !
- Formidable, et combien il pèse ?
- 3Kg380
- Oh c’est un beau bébé ! »
2 remarques à propos de ce neutre échange d’une banalité édifiante :
Notez en premier lieu que l‘exclamative « Formidable » aurait également été prononcée si le sexe eut été opposé, cette éructation d’enthousiasme neutre n’étant qu’une transition pour arriver à LA question qui fascine, titille et s’impose d’elle même : le poids (ce point sur l’égalité d’enthousiasme tout sexe confondu est somme toute rassurant dans notre hexagone à la con, ce n’est pas certains pays d’Asie qui me contrediront).
À l’instar du rôti pour un nombre déterminé de convives, le poids du nourrisson semble être déterminant dans l’appréciation devant être faite de l’objet charnel des réjouissances.
En second point (ben oui, j’avais annoncé 2 remarques, suivez un peu !), vous observerez qu’arrivé à un certain poids, le qualificatif « beau » vient généreusement précéder le nom commun de « bébé » dans l’analyse faite par notre sujet. Or une question m’étreint dès lors : à partir de quelle masse de matière rose (et bruyante) un nourrisson est-il considéré comme « beau » ? Plus effrayant encore : si notre nouveau né se situe en deçà de la limite fatidique de poids déterminé, à quel qualificatif va-t-il pouvoir prétendre ?
« Alors… ?
- C’est un garçon !
- Formidable, et combien il pèse ?
- 2Kg240
- Ah merde, c’est un moche bébé… ! »
Pourquoi attache-t-on tant d’importance à une mesure graduée, dont on sait que, le lendemain, elle n’est déjà plus d’actualité car physiologiquement, le marmouset évacue près de 10% de son poids dans sa couche 48h après son arrivée.
Nous comportons-nous de la sorte en société ?
« Salut, je te présente ma femme…
- Enchanté madame… et combien elle pèse ?
- 48Kg250, mais elle a un peu perdu ces derniers temps.
- Ah bravo, félicitations ! »
On marque notre poids sur notre CV ?
D’autant qu’on sait très aujourd’hui que le poids de naissance n’influe rien sur la plastique générale d’un individu à l’âge adulte :
Robert Wadlow – 2m72 et 199Kg à 22 ans – homme certifié le plus grand de l’histoire, pesait 3Kg85 à sa naissance…rien d’inouï.
David Douillet aurait* pesé 1Kg700 à la naissance… c’est maintenant que c’est un beau bébé l’animal.
La vérité, c’est qu’on ne sait jamais quoi dire à propos d’un mouflet à peine démoulé.
A bien y regarder de plus près, le mistouflon ne sait ni marcher, ni parler ni faire quoi que ce soit digne d’être célébré par des hourras et des bravos… c’est à peine s’il arrive à ouvrir les yeux ! Reste quoi pour s’enthousiasmer avec ou sans hypocrisie ? L’aspect physique de son minois et son poids. Ce premier point est bigrement délicat à manier, pour ne pas dire gentiment tabou… imagine un peu :
« Alors voyons voir cet héritier… …Fichtre, mais il est vilain comme un cul ! C’est bien le vôtre, il n’a pas d’erreur ? Ben merde alors… …bon il pourra toujours faire de la radio… ! »
Reste quoi ? Le poids.
Et les parents s’y conforment tous, mon épouse et moi-même ne faisant pas exception à la règle, puisque mentionnant sur le faire-part de rigueur :
a/ la date à laquelle la sortie se fit
b/ le sexe
c/ le poids
…en prenant soin d’ajouter que les parents se portent bien, surtout le père d’ailleurs, n’ayant pas eu à s’ouvrir en deux pour l’évènement.
Vise un peu le faire-part qui détonnerait :
M. et Mme PLOUCAPROUCK sont fiers de vous annoncer la naissance de leur fils Machin, né le 17 novembre dernier, qui parle couramment 2 langues étrangères, à un goût prononcé pour les arts plastiques, le petit salé aux lentilles et les filles à forte poitrine, et souhaite devenir ingénieur en aéronautique (si Airbus ne se casse pas la figure d’ici là).
Quitte d’ailleurs à questionner sur le poids, a-t-on seulement une pensée compatissante pour la mère éreintée lorsque celui-ci atteint des valeurs identifiant le bébé comme beau ? Pas si sûr…
« 4Kg280 sans péridurale… ? Ben ma chérie, tu as dû grincer des dents… »
Le poids du nouveau-né, c’est la météo dans l’ascenseur. C’est la question que tu poses à ton vis-à-vis en te foutant un peu de la réponse ; c’est juste qu’il faut dire quelque chose entre 2 étages. Ce n’est pas de la provoc que de dire qu’on s’en fout du poids du poupon (l’essentiel est qu’il soit en bonne santé, qu’il mange et dorme bien), la preuve, personne ne s’en rappelle.
Combien pesaient tes parents à la naissance ? Tu n’en sais rien et tu t’en fous. Normal.
Tes frangins et frangines ? idem
Ton conjoint ? pareil.
J’ai même des doutes sur l’exactitude de la valeur chiffrée que ma mémoire me renvoie de mon propre poids et de celui de mes gosses (la naissance du dernier ne datant que d’un mois à peine !).
Folzebuth
*information relevée sur un forum, donc absolument non officielle et donc à prendre avec des pincettes.


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